Le Bateau Lavoir

~ Wednesday, January 26 ~
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De l’éternel azur la sereine ironie Accable, belle indolemment comme les fleurs  Le poète impuissant qui maudit son génie  A travers un désert stérile de Douleurs. Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde Avec l’intensité d’un remords atterrant,  Mon âme vide, Où fuir?  Et quelle nuit hagarde Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant? Brouillards, montez! versez vos cendres monotones  Avec de longs haillons de brume dans les cieux  Que noiera le marais livide des automnes Et bâtissez un grand plafond silencieux! Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse  En t’en venant la vase et les pâles roseaux  Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse  Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux. Encor! que sans répit les tristes cheminées Fument, et que de suie une errante prison Eteigne dans l’horreur de ses noires traînées Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon!  - Le Ciel est mort. - Vers toi, j’accours! donne, ô matière L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché A ce martyr qui vient partager la litière  Où le bétail heureux des hommes est couché. Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle vidée Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée Lugubrement bâiller vers un trépas obscur… En vain! L’Azur triomphe, et je l’entends qui chante Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus Nous faire peur avec sa victoire méchante,  Et du métal vivant sort en bleus angelus! Il roule par la brume, ancien et traverse  Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr  Où fuir dans la révolte inutile et perverse? Je suis hanté. L’Azur! L’Azur! L’Azur! I’Azur!
Stéphane Mallarmé (18 marzo 1842 - 9 settembre 1898)

De l’éternel azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs
Le poète impuissant qui maudit son génie
A travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide, Où fuir?
Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant?

Brouillards, montez! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux!

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Eteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon!

- Le Ciel est mort. - Vers toi, j’accours! donne, ô matière
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
A ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché.

Car j’y veux, puisque enfin ma cervelle vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur…

En vain! L’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angelus!

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr
Où fuir dans la révolte inutile et perverse?
Je suis hanté. L’Azur! L’Azur! L’Azur! I’Azur!

Stéphane Mallarmé (18 marzo 1842 - 9 settembre 1898)

Tags: Mallarmé L'Azur
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